vendredi 18 octobre 2024

Nada 216 Volume 1 : "Screamin' inna Jungle"

 

Si on a beaucoup évoqué la Jamaïque et l'Angleterre dans l'émission, on n'a encore jamais parlé d'une des branches déviantes des musiques africaines-américaines : l'électro, en plein renouveau mondial en ce moment. On espère s'y pencher le temps de quelques épisodes un jour ou l'autre, mais que ce soit la techno née dans l'underground noir de la fameuse Motown aka Detroit, ou la Drum and bass, dont toute l'identité sonore provient d'un break de funk sans cesse remagnifié, on est en droit d'affirmer une fois encore que toute la musique moderne provient en plus ou moins droite ligne de la même source jaillie des champs de coton. 

 

 

Alors, en attendant de reprendre les commandes ce ce podcast, dont vous pouvez d'ailleurs entendre la rediffusion intégrale sur la toute nouvelle radio indépendante du 09 : Radio Kipik, on se lance dans une petit série de mixes dans lequel on partage notre amour de ces déclinaisons récentes et inatendues de la Great Black Music. Dans ce premier volume, on tente de faire apprécier la drum and bass à celles et ceux qui vibrent pour le rap ou le dancehall, et réciproquement. Parce qu'en fait c'est la même musique... D'autres volumes suivront, dans le même esprit, le prochain tournera autour du two-step et de la UK Bass. 

N'hésitez pas à faire tourner, on vient jouer très volontiers, contre défraiement, en soutien à des causes ou des lieux qui nous parlent, et si vous connaissez des bars ou des soirées qui payent, on ne crache pas non plus sur un petit billet ! 

Portez-vous bien, tenez-vous mal ! 

 

Lien de DL : Screamin' inna jungle

lundi 6 septembre 2021

We Wanna Block Party ! Mixtape

 

C'est peu dire que le corps et l'âme crèvent d'occasions d'exulter au cœur de la foule en ces temps de déprime, d'isolement contraint et d'obligations absurdes. Et comme il va de soi qu'on n'est pas prêt de présenter un code barre 2.0 pour célébrer une vie sous cloche, il va s'agir de renouer au plus vite avec la pratique jouissive et libératrice de la fête sauvage. Les amoureux et amoureuses de techno ont déjà engagé les hostilités, à notre plus grande joie. Il faut bien admettre pourtant qu'on goûte par ici des musiques plus analogiques, plus organiques, plus chaleureuses. En d'autres temps, il n'était pas rare qu'on passe des nuits à en faire profiter nos congénères en sueur, mais l'époque se la joue peau de chagrin, et quelque chose nous glisse qu'on est encore loin de s'évader du jour de la marmotte.

Alors on soigne la frustration comme on peut, et Black Mir vous invite à un joyeux sound system par procuration pour affronter cette grise rentrée. Un long mix en 3 parties, à l'ancienne, qu'on espère funky et réconfortant. 3 heures de soul music, rocksteady, funk, une pincée de hip-hop, beaucoup de clins d’œil, des versions épicées de grands classiques... un défilé de tunes plus ou moins obscurs enchainés à la tronçonneuse. On y a mis beaucoup de passion et d'amour, et on espère que vous y trouverez votre plaisir. Faites tourner, et n'hésitez pas à nous inviter à jouer dans vos fêtes illégales débarrassées de flicage sanitaire : vaccinations, divorces, enterrements... tant que les drogues sont bonnes, le whisky gratuit et l'entrée libre.

Prenons soin, force à nous, crève la taule et smash the State.





TRACKLIST VOLUME 1

01. Dave Bartholomew - The Monkey
02. Gabriels - Love and Hate in a Different Time
03. Wendy Rene - Gone For Good
04. Barbara Mason - Keep Him
05. Sydney Crooks - Papa Was a Rolling Stone
06. Ray Camacho - Movin' On
07. CHIC - Everybody Dance
08. Young Thug - Digits
09. Booker T. and the M.G.'s - Green Onions
10. The Robins - Riot in cell block 9
11. Johnny Osbourne - Right, Right Time
12. Run The Jewels x Gangsta Boo - Love Again (Akinyele Back)
13. Central Cee - Loading
14. Poundz - Opp Thot
15. The Revolutionaries - Kunta Kinte Dub
16. ESG - You Make No Sense
17. The Specials - Blank Expression
18. Charles Strouse - It's the Hard-Knock Life (Annie)
19. The New Birth - African Cry
20. Archibald - Stack-A-Lee Part 2
21. The Rulers - Wrong Em'boyo
22. Deodato - Also sprach Zarathustra
23. Lijadu Sisters - Come on Home
24. Los Hijos del sol - Cariñito
25. Angel Haze - New York
26. The Marvels - Rock Steady
27. El Michels Affair - C.R.E.A.M.
28. Wugazi - Shame On Blue
29. Wu-Tang Clan - Shame On a Nigga
30. Syl Johnson - Different Strokes
31. Chaka Khan - Like Sugar
32. Fatback Band - (Are You Ready) Do the Bus Stop
33. 10cc - Dreadlock Holiday
33. Hopeton Lewis - Music Got Soul
34. Kamaiyah - Pressure


Le Mix : Volume 1 / The Monkey Speaks his Mind

La Playlist : The Monkey Speaks his Mind PLAYLIST

 

 

TRACKLIST VOLUME 2

01. Kamaiyah - Pressure
02. The Mighty Mocambos - The Next Message
03. Bobby Blue Bland - I Wouldn't Treat A Dog (The Way You Treated Me)
04. Fatback Band - Keep on Steppin'
05. Fred Wesley - House Party
06. The O'Jays - Give the People What They Want
07. Parliament - Unfunky UFO
08. Marlena Shaw - Woman Of The Ghetto
09. 070 Shake - Morrow
10. Madlib - Road Of The Lonely Ones
11. Al Green - Tired of Being Alone
12. Phyllis Dillon - Perfidia
13. Dandy Livingstone - Rudy, A Message To You
14. Sabac - Fuck the police
15. J Dilla - Fuck The Police
16. Patti Drew - Hard To Handle
17. Herb Alpert - Rise
18. David McCallum - The Edge - Remastered
19. Galt MacDermot - Coffee Cold
20. Sameer Ahmad -Siwak
21. Stranger Cole - Crying Every Night (These Eyes)
22. Quantic - Cumbia Sobre el Mar
23. Joey Calderaio - Mad World
24. The Chakachas - Jungle Fever
25. Khruangbin - So We Won't Forget
26. Cutty Ranks - Limb By Limb
27. Bérurier Noir - Vivre libre ou mourir
28. The Honeydrippers - Impeach the president
29. Willie West - Fairchild
30. Lee Dorsey - Get out my life woman
31. Doris Duke - The Feeling is Right
32. Ike and Tina Turner - Getting Nasty
33. Percy Mayfield - Hit The Road Jack

 



Le Mix : Volume 2 / Don't Need Nobody's Help

La Playlist : Don't Need Nobody's Help PLAYLIST



TRACKLIST VOLUME 3

01. Percy Mayfield - Hit The Road Jack
02. Shawn Lee's Ping Pong Orchestra - Hey Ya
03. TM Juke x The Jack Baker Trio - Heads High
04. SHY FX - Carnival Culture
05. No BS! Brass Band - Thriller
06. Andy Capp - The Law
07. Gil Scott-Heron and Brian Jackson - The Bottle
08. Orlando Julius - Disco Hi - Life
09. Q.A.S.B., RYUHEI THE MAN - The Mexican_2
10. Shawn Lee's Incredible Tabla Band - Apache
11. Lyn Collins - Wheel of Life
12. Patti Jo - Make Me Believe In You
13. Xanadu - Rappers Delight
14. Bobby Byrd - I Know You Got Soul
15. Tuff Crew - Soul Food
16. The Mandatory Eight - Sucker Punch
17. Chicago Gangsters - Gangster Boogie
18. O.V. Wright - I Found Peace
19. Symarip - These Boots Are Made for Walking
20. Professor Longhair - Big Chief (Pt. 2)
21. Fadoul - Sid Redad
22. Boogaloo Assassins - No No No
23. Mad Professor - Soul Fire Dub
24. Tunde Mabadu - Viva Disco - Instrumental
25. The Funkees - Abraka
26. Kid Koala - 2 bit Blues
27. The Skatalites - Latin Goes Ska
28. Dennis Bovell - Silly Games - Akoustik Version
29. Janet Kay - Silly Games
30. Joe White - Yesterday
31. Lloyd - Queen of the World
32. Charles Aznavour - Désormais
33. Niska - B.O.C
34. Dennis Coffey And Luchi De Jesus - Theme From Black Belt Jones
35. Chin Chin - Miami
36. James Waynes - Junco Partner (Worthless Man)

 

Le Mix : Volume 3 / Down the Road

La Playlist : Down the Road PLAYLIST






 

lundi 15 mars 2021

Curfew Rap Tunes 2020 - Volume 1


Petit cadeau maison histoire de célébrer le triste anniversaire du premier confinement. Une sélection mixée à la sauvage des morceaux qui nous ont donné un peu d'air tout au long de cette interminable année sous cloche.
Du francophone et du cainri, deux heures, 50 morceaux qui partent dans tous les sens pour coller à nos humeurs salement changeantes quand elles restent coincées trop longtemps avec elles-mêmes.

Une fois encore, c'est la musique qui nous sauve la vie. En attendant les flammes.
Une pensée à nos mort·e·s, illustres ou non, aux ancien·ne·s, aux prisonniers et prisonnières.

Force, courage, détermination ! 

(Un volume 2 est en route, ne ragez pas trop sur les absent·e·s du premier.)

Le mix : Curfew Rap Tunes
Les sons : Curfew Rap Tunes Playlist



Tracklist :

 01. Juicy J - Po Up
02. Le Juice x Meryl - Oh No No
03. Key Glock - Word on the Streets
04. 42 Dugg - Turnt Bitch
05. Savii 3rd - Untitled
06. Mozzy - Unethival and Deceitful
07. TREE - I Changed
08. Sheff G - Anyone
09. A-Wax - Get it Straight
10. Young Nudy - No Comprende
11. Rapsody - 12 Problems
12. Willie the Kid x V Don - Minutiae
13. Your Old Droog x Tha God Fahim - Nex Religion
14. Juicy J x NLE Choppa - Load it Up
15. Curren$y x Styles P - KITT
16. Conway - Front Lines
17. Abra Cadabra - On Deck
18. Abra Cadabra x Dappy - Selective Bad Boys
19. Action Bronson - Golden Eye
20. Max B - Phenomenon
21. 704 Chop - Flawless
22. Baker Ya Maker - Deadbeat 91'
23. A$ap Twelvy - Fahrenheit 2020
24. YG - FTP (Fuck The Police)
25. 79ers - Bout to Blow
26. A-Wax - Lately
27. Glockboyz Teejaee x OnFully x The Godfather x Band Gang Lonnie Bands - Wack Jumper
28. Benny the Butcher x Dom Kennedy - Over the Limit
29. Limsa d'Aulnay x Isha - Starting Blocks
30. Chester Watson - Yokai
31. Mo Money x Nuk - Avengers
32. P LO - Get Me Lit
33. 42 Dugg - It Get Deeper
34. Mozzy - Overcame
35. Boldy James x Meyhem Lauren - Light Bill
36. BlocBoy JB - Bronny and Bron
37. Sa Roc - r(E)volution
38. Wazasnics x AJ Suede x Iceberg Theory - Shine in the Dark
39. TREE - Tree Blues
40. Stove God Cooks - Crosses
41. Headie One x AJ Tracey x Stormzy - Ain't it Different
42. DaBaby - Suge
43. Nana - Her Song
44. Armani Caesar x Benny the Butcher - Drill a Rama
45. Juicy J - Best Group
46. Lil Baby - The Biggest Picture
47. NCL TM - Eugene
48. Curren$y - Cutlass Cathedral
49. Curren$y x Conway - Riviera Beach
50. Young Nudy - Cap Dem
51. Flee Lord x Meephus - When my Dough Comes


Au fait, il y a quand même eu une bonne nouvelle cette année : 

 



 On a piloté l'édition de ce bouquin important, dispo chez tous les bons fourgues et sur la boutique des Éditions du bout de la ville., et on assure une longue postface titrée "Tout est venu de l'esclavage : la terrible beauté du blues", dont le propos ne devrait pas dépayser les auditeurs et auditrices de Black Mir.

Plutôt que de vous faire l'article, on préfère vous conseiller ce superbe article de Fake for Real consacré au livre, c'est en plus une bonne occase de visiter ce blog essentiel.

 

jeudi 4 juin 2020

Selekta : Tribute to Nipsey Hussle


L'un des plus grands rappeurs que nous ait offert South Los Angeles a été abattu dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2019 devant l'un des magasins qu'il avait ouvert dans son quartier, au croisement de Crenshaw et Slauson Avenue, sans connaître réellement la gloire internationale qui lui était dûe. Il avait 33 ans. Il avait sorti un an plus tôt son premier album avec la major Atlantic Records, "Victory Lap", grand disque de rap entre introspection et motivation music. Le titre de l'album, qui peut se traduire par "tour d'honneur" – celui que le champion s'offre drapeau à la main pour célébrer son triomphe –, a aujourd'hui un goût amer : ce victory lap qui devait consacrer plus de dix piges de labeur dans l'indépendance restera pour toujours le dernier. Ce n'était pas le début d'une nouvelle ère, c'était un testament précoce. 

Il avait sorti sa première mixtape en 2005, "Slauson Boy", une quinzaine de projets depuis, et avait toujours refusé les avances des majors : il cherchait constamment à développer le "capitalisme noir" cher à James Brown en réinvestissant ses profits là où il avait grandi plutôt que de fuir comme tant d'autres le neighborhood pour une vie confortable et enviable mais déconnectée de ceux et celles qui ont contribué à t'élever. La "débrouillardise" de son pseudonyme était un credo ; il resterait un gangster, affilié jusqu'au bout aux Crips mais soucieux d'unité et d'apaisement, préférant faire front avec les foulards rouges contre l'ennemi commun Trump ou sa police raciste que d'attiser les guerres fratricides qui l'avaient jusque là épargné.



Nipsey cherchait à rassembler, lui qui semblait faire le trait d'union entre l'ancienne génération du gangsta rap, qui l'avait formé et reconnaissait en lui un digne successeur, et un renouveau plus conscient et sophistiqué façon TDE. Son rap était versatile, en accord avec sa personnalité : plein d'un spleen de voyou trop souvent endeuillé et de positivité combative, la voix éraillée par la weed et le struggle, capable de bangers rageurs autant que de douceurs lorgnant parfois sur le spoken word, il semblait pouvoir tout faire, aussi à l'aise sur du boom-bap soulful que sur les classiques de la west-coast, survolant les prods ratchet squelettiques à la DJ Mustard autant que les orchestrations plus lourdes et ornementées. Quand sa voix s'élevait, on n'entendait plus qu'elle, c'était à la fois facile et sur le fil, vulnérable et indestructible, feu et glace. 

Nipsey contrôlait tout ce qu'il faisait, il était maître de tous ses choix musicaux puisque jamais soumis aux exigences d'une quelconque maison de disque qui lui aurait volé son art et son argent. Alors même s'il ne produisait pas lui-même les beats sur lesquels s'imposaient sa voix et son style inimitables, nul doute qu'il se montrait implacable quant au choix des instrus qu'il pliait immanquablement. Si son "Victory Lap" est gorgé de soul music et de funk grasse, nombre de morceaux qui ont jalonné ses quinze années de "Marathon" loin du show business (concept qui lui était cher, et par lequel il a baptisé deux de ses mixtapes ainsi que sa marque de fringues) recèlent aussi des joyaux empruntés aux anciens. On rend donc hommage à notre manière au talent du lascar, par les samples, en piochant dans sa trop courte carrière quelques tueries et leurs originaux samplés, le tout mixé avec des moufles. Bon voyage à vous, rest in powa Nipsey, "grand griot d'Erythrée" pour paraphraser Sameer Ahmad.





TRACKLIST

01. Nipsey Hussle x Buddy – Status Symbol
02. Rhythm – The World Is a Place
03. Nipsey Hussle – Right Hand 2 God
04. The Controllers – Getting Over You
05. Nipsey Hussle – Keys 2 the City
06. Rhinoceros – That Time of the Year
07. Ugly Heroes – Risk Brings Reward
08. Sade – Cherish the Day
09. Dj Cam –MadBlunted Jazz
10. Z–Ro – Respect My Mind
11. Nipsey Hussle feat. Sade and James Fauntleroy – If U were mine
12. Nipsey Hussle x Lloyd Banks x Cory Gunz – Speak My Language
13. John Carpenter – Halloween Main Title
14. Dr. Dre x Hittman x Ms. Roq – Murder Ink
15. Lamont Dozier – Shine
16. Pharoahe Monch – Mayor
17. The Game x Nypsey Hussle – Welcome Home
18. Young Jeezy feat. Clipse – Ill'In
19. Nipsey Hussle – The Best Rapper
20. Willie Hutch – Mack's Stroll
21. Nipsey Hussle feat. Swizz Beatz – Been Down
22. Ralfi Pagan – The Bottom Line
23. June Summers x Nipsey Hussle x 2Pac x Jay Rock – Army All by Myself
24. Roy Ayers Ubiquity – The Memory
25. Nypsey Hussle – Blue Laces 2
26. Willie hutch – Hospital Prelude Of A Love Theme
27. Masta Ace – Good Ol' Love
28. Nypsey Hussle x Position x Sloane – Still D.R.E
29. Berner x Nipsey Hussle – Wax Room
30. Nipsey Russell – What Would I Do if I Could Feel ?
31. Blanco and Nipsey Hussle – Nade
32. The Blackbyrds – Mysterious Vibes
33. Arctic Monkeys – Knee Socks
34. Nipsey Hussle feat. Stacy Barthe – Victory Lap
35. Alan Hawkshaw – Strangelands
36. OC – Caught Up
37. Nipsey Hussle – 10 Toes
38. The O'Jays – Who Am I
39. Nipsey Hussle – All Get Right
40. The Diplomats – Who I Am
41. Franco Micalizzi – Voices for Sadness Theme
42. Stalley x Rick Ross x Nipsey Hussle – Fountain of Youth
43. Nipsey Hussle – Hussle & Motivate
44. Jay Z – Hard Knock Life
45. Nipsey Hussle – 50 Niggaz
46. The Mohawks – The Champ
47. Brother Jack McDuff – Electric Surfboard
48. Nipsey Hussle x Blanco x Dorrough – Girl Scout Cookies
49. Galt Mac Dermot – Coffee Cold
50. Nipsey Hussle – Actions Is Everything
51. Blanco x Nipsey Hussle x YG – LA Confidential
52. Ohio Players – Funky Worm
53. Willie Hutch – Ain't That (Mellow, Mellow)
54. Nypsey Hussle – Got It Made
55. Average White Band – A Love of Your Own
56. Nipsey Hussle – Rich Roll

Pour télécharger le mix : BCK MIR - Rest In Powa Nipsey
Pour télécharger la playlist : BCK MIR - Rest In Powa Nipsey PLAYLIST

samedi 25 avril 2020

De Robert Johnson à Gucci Mane, du blues à la trap, mépris en boucle

« C’est pas de la musique ! » Combien de potes trentenaires, hip hop addicts de la première heure, a-t-on entendu éructer cette sentence mortelle depuis que la trap1 generation venue du sud des USA, du dirty south si longtemps regardé de haut, a pris le contrôle des écouteurs ? La phrase de vieux con par excellence, qui nous laissait hilares et un peu fiérots quand les darons tambourinaient à nos portes adolescentes. Darons qui se délectaient d'un bon vieux disque de blues, de soul, de rock'n'roll – ou de jazz, même, pour les plus distingués d'entre eux… oubliant comme les aigris à casquette d'aujourd'hui que ces musiques devenues nobles avec les ans ont toutes été frappées de la même condamnation sans appel lors de leur naissance tapageuse. Négligeant, surtout, le fait que ce sont toutes les branches du même arbre : celui de la musique africaine-américaine, plongeant ses racines dans la souffrance et les luttes de siècles de ségrégation, d'exploitation et de négation, une histoire qui bégaye, des navires négriers aux ghettos de la Nouvelle-Orléans, d'Atlanta, de Houston et d'ailleurs. La trap, c'est le dernier bourgeon éclos… Y voir une dégénérescence, c’est vraiment avoir la mémoire courte. Peu importe que les trappeurs AutoTunés ne donnent pas suffisamment de respect à Biggie ou KRS One au goût des gardiens du temple poussiéreux du hip-hop. Tant mieux, même, parce que la musique qu'ils pratiquent (et qu'ils pensent – avec raison comme toujours – révolutionnaire) porte en elle la sève de toutes celles qui l'ont précédée. Dans son esthétique, mais aussi par les violentes attaques qu’elle suscite.



Pour les planteurs du Sud qui fondèrent leur puissance sur l'importation à fond de cale de millions de vies sacrifiées à la culture du coton, du riz, de la canne, de l'indigo, les premiers esclaves n'avaient pas d'âme : c’étaient des outils de chair et de sang, tout au plus du bétail. S'ils leur concédaient le droit de chanter, c’est que ça semblait augmenter le rendement du cheptel ; mais toute mélancolie ou revendication était proscrite – le maître exigeait des airs gais et des paroles futiles, au tempo contraint par l'effort et la frappe lancinante de l'outil. Ces worksongs furent la première expression des Noirs sur le sol américain. On y trouve déjà bon nombre d'éléments constitutifs des musiques qui leur succéderont, du blues à la trap : la litanie incessante du même motif mélodique, la forme du call and response (le soliste lance une phrase à laquelle le choeur répond en écho), un rythme alternant temps fort (le coup de pioche) et temps faible (la respiration)… et la douleur contenue sous une insouciance de façade. Une musique répétitive, et pour cause : elle épouse ses conditions matérielles de production, comme toutes celles qui suivront – toutes les musiques noires portent le nom des conditions sociales qui les ont fait éclore.



Inutile de préciser que les maîtres n'y ont pas vu de l'art, apanage de l'espèce humaine. Il faudra attendre le XVIIIe siècle et ce qu'on appelle « le grand réveil » pour que s'opère un habile retournement : des évangélistes venus du Nord amènent la religion du Blanc aux esclaves ; les Noirs accèdent alors au statut d'enfants que les Blancs doivent guider – ou plutôt dresser. Si les planteurs finissent par concéder une âme à leur cheptel, c'est qu'ils y voient le moyen d'apaiser des révoltes de plus en plus nombreuses et inquiétantes, entre évasions, sabotages et rebellions collectives. La promesse que leur vie de souffrance serait suivie de félicité éternelle dans l’au-delà semblait aider à contenir la colère des esclaves, à leur faire accepter un sort qui n'était après tout le fruit de la volonté divine. Dans les églises nouvellement bâties naît une version noire des psaumes : les « spirituals ». On s’adresse à Dieu pour exorciser sa peine – mais de nombreux spirituals sont à double sens : sous leur inoffensive liturgie se cachent (par métaphore) des appels à l’évasion, au soulèvement… 

 

Il faut attendre 1865 pour que l'émancipation tant espérée soit enfin prononcée, arrachée par les capitalistes du Nord à la concurrence déloyale des planteurs du Sud et leur main-d’œuvre gratuite. L'esclavage est aboli, du moins dans les textes. À leur monstrueuse condition commune succède la guerre de tous contre tous pour la survie : les anciens esclaves se voient contraints de louer leurs corps à prix de misère sur les mêmes plantations ou sur des chantiers de construction pharaoniques (digue du Mississipi, chemins de fer, routes). Très vite se mettent en place les lois de ségrégation dites « loi de Jim Crow » – du nom du héros des minstrel shows, ces spectacles itinérants dans lesquels des Blancs grimés au charbon singent les Noirs, et leurs chansons, en les dépeignant comme des feignants idiots et lubriques. « L’émancipation » ne signifie pas la liberté, juste quelques heures de « loisirs » par semaine. Et la solitude. C'est de cette nouvelle condition sociale que va naître le blues, nom de la sensation amère qui s'empare des âmes désespérées par cette liberté qui n'en a que le nom. Une musique d'homme seul, qui erre de chantier en plantation, ou bien qui tente sa chance vers le Nord – la terre promise des spirituals. Quand plus personne n'est là pour répondre, comme aux champs ou sur le chaingang1, et qu’on a enfin les mains libres, c'est à la guitare du maître que revient le contrechant. Ce n’est pas pour autant la fin des work songs, qui continuent à résonner dans tous les lieux de souffrance… comme les pénitenciers, vite remplis par les lois contre le vagabondage ; bon nombre ne sont rien d'autres que d’anciennes plantations esclavagistes renommées « Prison Farms », où l'on continue à travailler pour rien. Les bluesmen errent seuls de plantation en plantation, de chantier en camps de travail, de crossroads2 en gare de marchandises, le pénitencier ou la mort qui menace à chaque coin de rue. C'est la musique de ceux que Dieu a abandonnés après leur avoir si longtemps dénié leur humanité, et qui le répudient ; la musique du Diable. Les Blancs et les classes moyennes noires émergentes – initialement surtout constituées des affranchis d'avant l'émancipation (les « Nègres de maison » stigmatisés par Malcolm X) et des pasteurs noirs venus du Nord – n’ont pas de mots assez durs pour flétrir ce mode de vie impie et sa musique.


« Le blues soutenait que le destin des personnes noires, homme ou femme, leurs vies et affres quotidiennes 'triviales' ainsi que ce qu'elles révélaient– leurs désirs, leurs ennuis, leurs problèmes, leurs frustrations, leurs rêves – étaient importants, dignes d'intérêt et d'être partagés en chanson. En mettant l'accent sur l'expérience personnelle et la cohérence de groupe dans le même temps, le blues était une musique introspective qui insistait sur le sens profond des vies noires. »3
Angela Davis nous fait sentir combien, dans les musiques africaines-américaines, « Je » est un « On ». La légende veut qu'un certain Robert Johnson, musicien errant de jukejoints4 en crossroads, passa, un soir d'ivresse mal maîtrisée, un pacte avec Papa Legba: il vendit son âme – acquise depuis peu – contre le génie qui a fait de lui le père du blues aujourd'hui célébré par tant de pisse-froid. Il fut à l’époque fustigé pour son manque de conscience collective (par un Nord ignorant du régime de la ségrégation), pour sa célébration des états seconds provoqués par l'abus de substances prohibées – à commencer par l’alcool, à l'époque –, des femmes de « mauvaise vie » (les seules que pouvaient rencontrer les bluesmen dans les bordels de grand chemin où ils était autorisés à se produire) et aussi pour l’obsession de l'argent mal gagné et si vite dépensé.



Le blues était sexiste, individualiste, geignard ; c'était toujours la même chose, tant dans sa musique que dans ses paroles, toutes deux rudimentaires. Les mêmes accords en boucle, les mêmes thèmes grivois rabâchés jusqu'à la nausée, une insulte à Dieu, aux bonnes manières et à la vraie musique. C'est du moins ce qu'en disait ceux à qui il ne s'adressait pas. Le jazz issu du marché aux esclaves de Congo Square subira le même dégoût ; la soul, mariage impie de la musique du Diable et de celle de Dieu (le gospel, version policée des spirituals) menait tout droit aux enfers ; le funk (du nom de la sueur qui couvre le corps des amant.e.s) n'était qu'indécence. Quant au hip-hop, il volait, effrontément. Il fallait apposer un avertissement parental sur chaque disque, pour prévenir les familles pavillonnaires du danger qui guettait les têtes blondes converties aux symphonies du ghetto. La vie est un sample.


Portrait de Gucci Mane par Rimrimrim
Illustration "Papa Legba" extraite de la superbe BD "Love In Vain" de Dupont et Mezzo
Publié initialement chez les camarades de CQFD Journal




Notes :
  1. Genre né au début des années 2000 du côté d'Atlanta, caractérisé par une rythmique lente et des charleys épileptiques, des phrases répétées en boucle, des adlibs (voix en retraits) qui comblent les silences et répondent à la voix principale, des thématiques centrées sur la drogue, l'argent « facile » et le sexe. Tient son nom de la Trap house, où le dealer coffre armes drogues et argent. Se joue à l'origine dans les boites de strip-tease.
  2. Le groupe constitué par les esclaves puis les prisonniers, enchaînés les uns aux autres pour empêcher l'évasion.
  3. Le carrefour, là ou les routes et les destins se nouent, célébré par le blues.
  4. « Blues et féminisme noir », Angela Davis, Libertalia.
  5. Cabanes de bord de route où les travailleurs noirs se retrouvent pour boire, danser et baiser.
  6. Le Diable dans la tradition vaudou.











mercredi 26 février 2020

Burning 2019 - A Rap Collection






Longue inactivité sur le blog... L'émission marque une pause qui s'éternise, et on ne sait pas encore si elle prendra fin. Mais on continue à défendre par d'autres moyens notre amour du rap et des musiques noires, notamment au sein de la rédaction du dernier magazine hip-hop papier : iHH Magazine

C'est donc peu dire qu'on reste totalement accroc au son, qui occupe encore une place démesurée dans chaque journée qui passe, tant il suffit parfois d'une nouvelle chanson obsédante, d'un nouveau classique exhumé ou d'une nouvelle scène débusquée pour que tout reprenne un peu d'éclat et de consistance. Dans un monde qui ne cesse de se durcir et qui meurt à vue d’œil, c'est déjà beaucoup.

Alors autant partager avec vous un bout de ces merveilles qui ont peuplé l'année écoulée. Difficile de faire un tri, on profite donc de l'absence de contrainte temporelle liée à une éventuelle diffusion pour donner dans le gourmand : près de 4 heures de musique enchaînée à la tronçonneuse, le tout divisé en 4 parties pour faciliter un peu la digestion, ainsi que l'intégralité des morceaux zippée pour que vous puissiez vous servir.

Un grand merci à ceux et celles qui ont découvert l'émission ces derniers mois ou que nos playlists accompagnent encore et qui nous ont envoyé force et amour, ça fait chaud !


PART 1 :



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TRACKLIST :
01. Polo G - Through Da Storm
02.Young MA - The Lifestyle
03. M Huncho, Yxng Bane - Rock Bottom
04. Greenova South - Work Till I Die
05. Curren$y x LNDN DRGS x Jay Worthy - Payback
06. Al-Doe x Spanish Ran - Heaven With Paris
07. Polo G - Dyin Breed
08. Casanova x Giggs - Live (feat. Giggs)
09.YoungBoy Never Broke Again - Carter Son
10.YBN Cordae x Pusha T - Nightmares Are Real
11. Knowledge the Pirate x Roc Marciano - Shots Fired
12. Drakeo the Ruler - Roll Bounce
13. Shoreline Mafia x 03 Greedo x Drakeo the Ruler x Fenix Flexin - Wake Me Up In Traffic
14. Trouble x City Girls - She A Winner
15. Shoreline Mafia x OHGEESY x Fenix Flexin - Wings
16. AJ Tracey x MoStack x Not3s - Floss
17. TripleGo - Rihanna
18. Skengdo x AM - Tugg
19. 070 Shake - Morrow
20. Danny Brown x Blood Orange - Shine
21. Clippin x La Chat - Run For Your Life
22. Chris Crack - Todo Rosado
23. Roc Marciano x Ka - Ephesians
24. Boosie Badazz x Zaytoven - My Soul
25. Sheff G - Feel Ah Way
26. Kilo Jugg - Mice And Men
27. Pop Smoke - Brother Man


PART 2 :



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TRACKLIST : 
01. TREE - Like U Used 2
02. Sameer Ahmad - C.A.B
03. Mereba x 6LACK - Heatwave
04. Yugen Blakrok - Picture Box
05. Pacman da Gunman, Mozzy - Gotti
06. Saviii 3rd - Politics
07. 42 Dugg - 4 Mine
08. Meryl - AH LALA
09. Boosie Badazz, Zaytoven - Elevation
10. Denzel Curry - RICKY
11. Megan Thee Stallion x Juicy J - Simon Says
12. 42 Dugg x Babyface Ray - The Streets
13. Stormzy - Vossi Bop
14. Skepta x J Hus - What Do You Mean
15. E-40 x Payroll Giovanni x Peezy x Sada Baby - I Come From The Game
16. Knowledge the Pirate - Gold Bullion
17. Camoflauge Monk - Aunties Steak & Rice Hold the Cabbage
18. Camoflauge Monk x ANKHLEJOHN - Scum Way
19. Tyler, The Creator - I THINK
20. LK de l'Hotel Moscou - Masculin Singulier
21. Yizzy x Scrufizzer x Riko Dan x Killa P x Logan - Deh Suh Remix
22. Flowdan - Deal Wid
23. Kevin Gates - What I Like
24. Moïse The Dude - OG
25. La Hyène - Échos
26. Roc Marciano x Cook$ - Puff Daddy


PART 3 :




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TRACKLIST : 
01.billy woods x Kenny Segal x Mothermary - A Day in a Week in a Year
02.DJ Muggs x Mach-Hommy x Tha God Fahim - The Fowler's Snare
03.Tree x Vic Spencer x Chris Crack - Lucifer Callin'
04.G Herbo - My Bro's a Legend
05. Payroll Giovanni x Tamara Jewel - My Enemies Girlfriend
06. Rapsody - Nina
07. Camoflauge Monk x Dnte x Wyze Wonder - Biggies Steps
08. Eloquence x Joe Lucazz x Cross - La pureté
09. Mozzy - I'll Never Tell Em Shit
10. Damu The Fudgemunk x Roc Marciano - Blizzard (Gusty Winds Graceful Mix)
11. Sada Baby - Pimp Named Drip Dat
12. Larry June - Smoothies in 1991
13. Troux - Trenches
14. 22Gz - Sniper Gang (Freestyle)
15. ScHoolboy Q - Die Wit Em
16. Don Trip, Kevo Muney - Where I Come From



PART 4 :



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TRACKLIST : 
01. Boogie X 6LACK - Skydive II
02. A-Wax x CML - Gang Shit
03.Niro - Fort Et Vivant
04. Meryl - Beni
05. La Hyène - Winterfell
06. Boosie - Where You From
07. Boston George x Diego - Real Trap
08. YG x Valee x Boogie - I Was On The Block
09. Zikxo - 93
10. Slowthai - Nothing Great About Britain
11. Flowdan x IRAH - Level 2
12. Skengdo x AM x Lil Rass x Sparkz x Blackz x Y.AM - Fully Auto
13. Captaine Roshi - J'connais
14. Vald - Rappel
15. Conway - Cocaine Paid
16. A-Wax x GMEBE Bandz - Shit I Did
17. 13 Block - Fuck le 17
18. Casual Gabberz - Fuck Le 17
19. ARM x Vîrus - Cap Gris

jeudi 24 mai 2018

Tribute to Donny Hathaway



Ce qui rend la soul music tellement belle, tellement fondamentale, et ce qui la rend finalement immortelle, c'est sans doute qu'elle résiste à toutes les tentatives de définition musicologique. À l'instar du blues, qu'on ne peut réduire à d'hypothétiques notes bleues et qui ne peut se jouer que si on le ressent, il a fallu donner un nom qui dépasse le seul cadre du style à cette musique hybride, fruit des noces impies entre la musique du diable – le blues – et la musique d’Église  elle étouffait sous le terme bien trop technique de R'n'B (rhythm and blues) qu'on lui avait un temps accolé. La soul est un souffle, et elle s'infiltre dans tous les genres qu'elle approche. Le blues n'est pas une suite d'accords, et la musique de l'âme n'est pas du blues rythmé ou du gospel profane. Les deux sont un rapport à la musique, c'est à dire un rapport au monde et une manière de le partager.

S'il est bien une figure qui incarne à elle seule cette magie indéfinissable qui s'affranchit de la forme pour parler de cœur à cœur, c'est Donny Hathaway, lui qui n'a cessé, dans ses trop brèves années d'activité, de s'affranchir des figures imposées de la soul traditionnelle, y injectant jazz et musique classique, rythmiques latines et thèmes country, explosant les formats single dans des morceaux qui dépassaient parfois les dix minutes, reprenant des standards de la pop blanche ou composant des pièces uniquement orchestrales... Et pourtant, la soul est là, omniprésente, dans chaque son qui s'échappait de sa gorge ou de ses claviers, dans chaque mélodie qu'il écrivait ou improvisait. Il était habité. Il faisait de sa douleur un chant universel, de son insondable tristesse des notes d'espoir. Et plus il semblait s'éloigner des rivages de la soul, plus elle irradiait, profonde et lumineuse.

Il faut dire qu'elle avait toujours fait partie de lui, qu'il la respirait avant même de savoir parler. Né en 1945 à Chicago, il grandit dans un ghetto de Saint Louis, élevé par une grand-mère star locale du gospel qui lui enseigne le piano et l'art des spirituals, faisant de Donnie Brits, 3 ans, le plus jeune choriste d’Église du pays. Mais c'est sa virtuosité de claviériste qui lui permet d'intégrer plus tard la prestigieuse université Howard à Washington où il étudie la musicologie, découvre avec ravissement la musique classique, Beethoven et Bach en tête, et se lie d'amitié avec une camarade d'école, Roberta Flack. Véritable prodige, compositeur, arrangeur, ingénieur du son, pianiste d'exception, il quitte la fac avant même d'obtenir son diplôme, trop impatient de vivre de ses dons, et intègre dès 1967 l'écurie ATCO, sous-division d'Atlantic Records. Il écrit, compose et enregistre pour les plus grands : Aretha Franklin, Jerry Buttler, les Staple Singers, avant de rejoindre les Mayfield Singers de l'immense Curtis. Sidérante ascension qui le voit tutoyer les plus grands sa vingtaine à peine fêtée.

En 1970, il sort son premier single comme auteur-compositeur-interprète. Et ce n'est autre que le monumental "The Ghetto", chef d’œuvre indépassable de la musique africaine-américaine qui réunit déjà tout ce qui fera le style Hathaway : une voix d'une pureté enfantine mais tout aussi puissante que délicate, des arrangements riches, complexes, qui donnent à ses compositions une ampleur orchestrale, une prédilection pour le call and response hérité de l’Église – et avant elle des chants de travail –, l'espace laissé aux improvisations instrumentales – son clavier le premier –, une conscience sociale affirmée mais sans jamais laisser de côté la beauté... Il rencontre un certain succès (mais seul le temps consacrera "The Ghetto" comme l'hymne soul qu'on connaît aujourd'hui) et sort son album, "Everything Is Everything", une pure merveille, comme tout ce qui nous reste de lui : 3 albums sous son nom propre, une splendide bande originale de film avec Quincy Jones, un live qui compte parmi les plus émouvantes captations de concert jamais publiées, et un album en duo avec sa sœur de cœur Roberta Flack, sorti triomphalement en 1972, le propulsant au panthéon des idoles soul.

Mais Donny Hathaway porte en lui une malédiction qui vient le frapper au moment où les sommets s'offrent à lui. Diagnostiqué schizophrène à tendance paranoïaque, il est harcelé par des voix intérieures, sombre dans la dépression, multiplie les allers-retours en hôpital psychiatrique. Les traitements parviennent par moments à le "stabiliser" mais il ne les respecte pas à la lettre. Il s'isole de plus en plus, Roberta Flack finit par l'abandonner, il se mure dans un interminable silence musical – plus de 5 ans – dont n'émerge que le poignant album "Extension Of A Man" en 1973. Lueur  dans ce tunnel infernal, il retrouve Roberta Flack pour en 1978 pour enregistrer un nouveau tube planétaire qui devait déboucher sur un autre album commun. Mais au cours d'une session, il se pointe au studio dans un état de grande confusion, épuisé, persuadé que les Blancs sont à ses trousses, qu'ils veulent le zigouiller et qu'ils ont branché son cerveau sur une machine pour lui voler sa musique, absorber le son dont lui seul a le secret. Au point qu'on doit le renvoyer à son hôtel prendre du repos. Qui sera éternel, une chute de 15 étages depuis la fenêtre de sa piaule l'emportant loin de ses souffrances.

Ce parcours foudroyé explique en partie que Donny Hathaway ait si longtemps été le grand oublié de la musique noire. Son œuvre sophistiquée, parfois jugée trop compliquée ou grandiloquente, ne cesse pourtant de résonner, inestimable, révolutionnaire, d'une générosité et d'une sensibilité sans pareille. Et c'est encore à la génération hip-hop qu'on doit son sacre tardif, tant les plus grands producteurs sont allés s'abreuver à sa source, modeste en quantité mais inépuisable en réalité, entre breakbeats au funk parfait, cordes aériennes et voix divine. Influence revendiquée de la vague neo soul aussi : de Lauryn Hill à D'Angelo, d'Amy Winehouse à Justin Timberlake, tous et toutes l'élèvent au rang de Marvin Gaye, Curtis Mayfield ou Stevie Wonder, de ceux qui ont changé leur vies.
Ce monde, qui lui était si lourd, serait moins vivable si l'âme d'Hathaway ne s'y était attardé le temps de quelques déchirants soupirs et enivrants appels. 
La Playlist : Samples & Covers


Tracklist
01. Donny Hathaway – Little Ghetto Boy
02. Wu-Tang Clan - Little Ghetto Boys feat. CappaDonna
03. Dr. Dre - Lil' Ghetto Boy
04. John Legend & The Roots - Little Ghetto Boy
05. Roberta Flack & Donny Hathaway - Be Real Black for Me
06. M.O.P. - World Famous
07. Scarface - On My Block
08. John Lennon - Jealous Guy
09. Donny Hathaway - Jealous Guy (Live)
10. Chance The Rapper – Juice
11. Glady's Knight And The Pips - Giving Up (Mono)
12. Donny Hathaway - Giving Up
13. Sunz Of Man - Illusions (feat. Masta Killa)
14. Sticky Fingaz - The Whole Damn New York
15. PMD x Ärsenik - B-boy Stands
16. Ab Soul - Black Lip Bastard
17. Donny Hathaway - Voices Inside (Everything Is Everything)
18. Geto Boys - Bring It On
19. Delinquent Habits – Juvy
20. Donny Hathaway - Voices Inside (Live)
21. Earth, Wind & Fire - Everything Is Everything
22. Donny Hathaway - Magnificent Sanctuary Band
23. Artifacts – Whayback
24. Bahamadia - Total Wreck
25. Fabe - Joe La Monnaie
26. NTM - Paris Sous Les Bombes
27. Black Moon - Six Feet Deep
28. Buckshot & Rock (Heltah Skeltah) - Eye Of The Scorpio
29. Donny Hattaway - Valdez In The Country
30. Warren G - My Momma (Ola Mae)
31. Madlib - Episode VIII
32. Leon Russel - A Song for You
33. Donny Hattaway - A Song For You
34. Common Sense - Retrospective For Life (feat. Lauryn Hill)
35. Bizzy Bone - A Song For You (ft. Chris Notez & DMX)
36. Sinik - Mon Pire Ennemi
37. Donny Hathaway - Someday We'll All Be Free
38. Jay Z – Legacy
39. The Gift of Gab - Hold On
40. Marvin Gaye - What's Going On
41. Donny Hathaway - What's Goin' On (live)

mardi 8 mai 2018

Tribute to Gil Scott Heron Vol.3



Gil le bluesician a été trop crucial dans notre amour des musiques africaines-américaines pour ne pas compléter les deux premiers volumes - consacrés à ses joyaux pillés par la crème du rap - avec une ultime sélection de sons qui nous sont fétiches et rendent compte des innombrables tentatives audacieuses qui ont déterminé son parcours.

Gil Scott, l'homme comme le musicien, prenait des risques et ne connaissait pas le ménagement. Malgré une longue et sombre absence artistique, il aura su traverser époques et styles pour continuer à verser le poison de l'engagement dans l'entertainment, ne sacrifiant jamais l'un à l'autre ou l'autre à l'un. Dire avec classe, sincérité, dureté, humour, profondeur, poésie, émotion, la condition qu'il partageait avec ses frères et sœurs en oppression, la colère qu'il éprouvait à l'égard du pouvoir blanc, l'espoir qu'il plaçait dans la prise de conscience qui n'oublie rien des blessures et des joies de l'enfance, la nécessité de se battre en se marrant, de s'opposer en jouissant, de s'abandonner sans baisser les armes.

Il aurait pu faire sienne la punchline d'Emma Goldman : " “If I Can't Dance, I Don't Want To Be Part of Your Revolution”, mais aussi l'inverser : "If it's not revolutionnary, i don't want to be part of your shitty dance." 

Une sélection purement subjective, donc, pour ce dernier volume. On ne doute pas que certaines sonorités séduiront certaines paires d'oreilles tout en repoussant les autres. Mais Gil y est partout tel qu'en lui-même, à l'image de ses héritiers, les rares rappeurs qui savent s'actualiser sans rien perdre de leur mordant. Jamais relou, jamais léger. En vie en guerre et mort en paix.




Tracklist :  
 01. Gil Scott Heron - Gun
02. Gil Scott Heron - Johannesburg
03. Gil Scott Heron - Shut Um Down
04. Gil Scott Heron - Three Miles Down
05. Gil Scott Heron - Ain't No Such Thing As Superman 1
06. Gil Scott Heron - B Movie
07. Gil Scott Heron - The Prisoner
08. Gil Scott Heron - Whitey On The Moon
09. Gil Scott Heron - Speed Kills
10. Gil Scott Heron - Beginnings (First Minute Of A New Day)
11. Gil Scott Heron - The Liberation Song (Red, Black And Green)
12. Gil Scott Heron - No Knock
13. Gil Scott Heron - The Vulture
14. Gil Scott Heron - Sex Education Ghetto Style
15. Gil Scott Heron - I Think I'll Call It A Morning
16. Gil Scott Heron - The Needle's Eye
17. Gil Scott Heron - Brother
18. Gil Scott Heron - Who'll Pay Repartions For My Soul
19. Gil Scott Heron - Lady Day And John Coltrane
20. Gil Scott Heron - When You Are Who You Are
21. Gil Scott Heron - H2OGate Blues
22. Gil Scott Heron - Better Days Ahead
23. Gil Scott Heron - Song For Bobby Smith (Alternate Take)
24. Gil Scott Heron - Angola, Louisiana
25. Gil Scott Heron - Ain't No New Thing
26. Gil Scott Heron - Your Soul And Mine
27. Gil Scott Heron - On Coming From A Broken Home (Part 2)
28. DJ Rashad (RIP) - I'm Gone
Bonus DL : Royce da 5'9 - Caterpillar (feat. Eminem & King Green)
 

L'émission : Tribute to Gil Scott #3
La Playlist : The Bluesician 
















ANGEL HAZE New York from Cara Marceante on Vimeo.







vendredi 27 avril 2018

Tribute to Gil Scott Heron : Covers & Samples

 




Misère de la conception de l'Art dans la tradition occidentale, les musicologues et autres journaleux ont toujours besoin de désigner des originators, des pionniers géniaux qui auraient inventé à eux seuls un style musical, auraient infléchi de leur seule voix le cours de l'histoire. Alors on a beaucoup dit de Gil Scott Heron qu'il était le "parrain du rap", le premier à poser ses poèmes de rue en rythme sur des boucles soul/jazz, entraînant à sa suite tout le mouvement hip-hop. Lui-même ne goûtait pas ce titre honorifique bien trop lourd à ses épaules frêles. Il préférait se dire "bluesician", superbe définition de sa vision si particulière de la musique qu'il nommait avec le flûtiste et claviste Brian Jackson, son acolyte des débuts, de la "bluesology".

Gil Scott venait du Sud. Il avait poussé dans le Tennessee, chez sa grand-mère Lilie Scott, abandonné par son daron (pour la petite histoire, un footballeur jamaïcain, premier Noir à jouer chez les Celtics de Glasgow) et laissé là par sa daronne partie enseigner l'anglais à Porto Rico. Mais à l'âge de douze ans, il retrouve Lilie morte et part s'installer avec sa mère dans le Bronx. Brillant élève et déjà passionné d'écriture, il parvient à entrer dans une école blanche réputée puis comme boursier à l'Université. C'est là qu'il prend une année sabbatique pour boucler son premier roman, superbe chronique des trottoirs sales, "Le Vautour", écrit à 18 piges. Il rencontre un petit succès et, avec l'avance de 5000 dollars qu'il a reçu de l'éditeur, il se réinscrit à la fac comme un joli doigt d'honneur à l'institution blanche.

Décidément salement précoce, il écrit au même moment le morceau le plus retentissant de sa longue carrière, le monumental et ricanant "The Revolutioon Will Not Be Televised", premier d'une longue série de brûlots qui s'attaquent autant au pouvoir qu'aux errements de ses frères. Il est très vite repéré par le boss du label Flying Butchman - producteur de John Coltrane entre autres - qui lui offre un incroyable orchestre pour son premier disque studio, l'éternel "Pieces Of A Man" : Ron Carter, Hubert Laws et Bernard Purdie. Il compose le tout, et la plupart des grands disques suivants, avec son pote flûtiste Brian Jackson, cherchant à faire sonner ses poèmes comme de véritables chansons, à faire de ses mots écorchés de la musique. Sa voix, qu'il décrit lui-même comme le grondement d'une rame de métro aux roues crevées, est à la fois profonde et vulnérable, puissante et blessée, et s'embellira sa vie durant de toutes les laideurs qu'il traverse, entre deuils, addictions multiples et passages en prison.

Gil Scott Heron se faisait beaucoup de mal mais nous aura fait beaucoup de bien. Après un long silence de près de 15 piges habité de fantômes et de fumées d'amnésie, il sortit le splendide et élégiaque "I'm New Here" en 2010, rappelant à tous à quel point ses mots et ses notes transperçaient les coeurs et les tripes. Ils n'étaient jamais aussi bouleversants qu'à peine rehaussés de légers tapis de cordes ou de sèches rythmiques, approchant même le divin quand sa voix se brisait sur la mélodie et dévoilait la fragilité qui l'emporta, seul, dans un hôpital pour indigent du New York qui "le tuait" depuis toujours.




Tracklist

01. Dion Brown - Gil Scott Intro
02. Gil Scott Heron - Did You Hear What They Said
03. Salif - O...O
04. Guizmo - Guizmo
05. DJ Honda - For Every Day That Goes By
06. Freeway - This Can't Be Real
07. Mr. Muthafuckin' eXquire - I Should Be Sleepin'
08. Gil Scott Heron - Peace Go With You, Brother (As-Salaam-Alaikum)
09. Kendrick Lamar - Poe Mans Dreams
10. Jazz Liberatorz - What's Real
11. Lords Of The Underground - Lord Jazz Hit Me One Time (Make It Funky)
12. Miilkbone - Keep It Real (Remix)
13. Big L - Put It On (Pete Rock Remix)
14. Jeru The Damaja ft. Lil Dap - Don't Get It Twisted
15. Gil Scott Heron - The Bottle
16. Gil Scott Heron - The Bottle (Live)
17. Brother To Brother - In The Bottle
18. Anderson .Paak x Knxwledge - Suede
19. Gil Scott Heron - Winter In America (Piano Version)
20. Gil Scott Heron - Winter In America
21. Mobb Deep - If It's Alright
22. Cookin Soul x Nas - Life's A bitch (ft. AZ)
23. Gil Scott Heron - Winter In America (Live)
24. Knxwledge - Inamerika
25. Gil Scott Heron - Introduction
26. Gil Scott Heron - The Revolution Will Not Be Televised
27. Masta Ace - Take A Look Around
28. Queen Latifah - Evil That Men Do
29. Schooly D - Treacherous
30. Curren$y - Televised (ft. Fiend)
31. Common - The 6th Sense
32. Labelle - Medley (Something In the Air - The Revolution Will Be Not Televised)
33. Gil Scott Heron - Home Is Where The Hatred Is
34. Esther Phillips - Home Is Where the Hatred Is
35. Gil Scott Heron - Home Is Where The Hatred Is (Piano)
36. Gil Scott Heron And Jamie Xx - Home
37. Gil Scott Heron - Angel Dust
38. The Game - Angel (ft. Common)
39. Sam Sneed x J-Flexx- Lady Heroin
40. The Coup - Me And Jesus The Pimp In A '79 Gr
41. Nasir Jones as Mr. Books - Angels With Dirty Faces
42. Sean Price - Angel Dust
43. Rbx - Blunt Time
44. Kohndo x A2h - Le Facteur
45. Pudgee - Angel Dust
46. Kam - Way'a Life


L'émission : Tribute To Gil Scott Heron #1
La playlist : Covers & Samples



L’œuvre de Gil Scott-Heron est immense, et cet album crépusculaire "I'm New Here" l'a remise en lumière. Nombreux sont les rappeurs et producteurs qui ont salué l'homme et le musicien quand il s'est éteint, et ont redit tout ce qu'ils lui devaient. Des boucles idéales, quelques mots glissés en intro d'un morceau ou en conclusion d'un album, et surtout une source d'inspiration inépuisable.
Deuxième partie de notre sélection, avec quelques jolies surprises, notamment grâce aux improbables mais souvent superbes remixes de Jamie XX :




Tracklist :

01. Robert Johnson - Me and the Devil Blues
02. Gil Scott Heron - Me And The Devil
03. Flatbush Zombies - Devil & Us
04. J Rocc - Stay Fresh
05. Gil Scott Heron - We Almost Lost Detroit
06. MF Doom – Camphor
07. La Costra Nostra – Camphor
08. Third Degree - Better Days
09. Grand Puba - Keep On
10. NATAS - We Almost Lost Detroit
11. Black Star - Brown Skin Lady
12. Bill Withers - Grandma's Hands
13. Blackstreet - No Diggity
14. Gil Scott Heron - Grandma's Hands
15. Lushlife - Daylight Into Me
16. J. Rawls - High Life
17. Gil Scott Heron - New York Is Killing Me
18. Angel Haze - New York
19. Adele - Rolling In The Deep (Jamie Xx Remix Ft. Childish Gambino)
20. Gil Scott Heron VS Jamie Xx - I'll Take Care Of You
21. Gil Scott Heron - I'll Take Care Of You
22. Bobby 'Blue' Bland - I'll Take Care Of You
23. The Left - Statistics feat. Invincible
24. KMD - What A Nigga Know (Remix) Feat. MF Grimm
25. Gil Scott Heron - Pieces Of A Man
26. Smog - I'm New Here
27. Gil Scott Heron - I'm New Here
28. Gil Scott Heron And Jamie Xx - I'm New Here
29. Marvin Gaye – Inner City Blues
30. Gil Scott Heron - Inner City Blues (Poem : The Siege Of New Orleans)
31. Gil Scott Heron – 1980
32. 2Pac - Ready 4 Whatever
33. Street Military - Shit Get Wild In The City
34. Phife Dawg - Beats, Rhymes & Phife
35. Gil Scott Heron - Legend In His Own Mind
36. Mistah F.A.B. - Yes Indeed Feat. Fashawn & Lupe Fiasco
37. Mos Def - Mr. Nigga
38. Gil Scott Heron - Delta Man (Where Im Comin From)
39. Slim Thug - Coming From (feat. J Dawg)
40. Young Zee - Toxic Waste Feat. Loon One
41. Brainsick - I Thank God
42. Mike Zoot - Turn Part II
43. Gil Scott Heron – Alluswe
44. Gil Scott Heron - Bicentennial Blues
45. Kanye West - Who Will Survive In America
46. Warren G - Do You See

L'émission : Tribute to Gil Scott Heron #2
La playlist : Covers & Samples #2

mercredi 10 janvier 2018

Traces of 2017 : A Rap Collection



Pour enterrer définitivement 2017, on partage le rap qui nous a le plus tenu au bide dans l'adversité, en cette sombre année qui vit encore les puissants nous traiter toujours plus comme moins que des chiens et asseoir toujours plus leur morbide domination.

Du boom-bap spartiate, de la trap dégueulasse, de  la grime enjaillante, du cloud scotchant ; du grivois, du conscient, de l'intimiste, de l'ego trip ; de la motivation music pour mâtins blêmes, des bangers de fin de soirée, de la délicatesse pour lendemains qui déchantent, des sons de guerre pour les combats à mener.

93 morceaux, histoire de dédicacer les singes exilés, de la redite parce qu'on est fidèle en amour, du sous-terrain et du mainstream parce que les puristes nous pompent l'air.
Piochez, c'est cadeau, l'ordre n'est surtout pas hiérarchique et n'est que suggestion d'écoute, puisque nos désirs sont désordres.

RIP Prodigy. RIP DJ Pam. RIP Charles Bradley. RIP Lil Peep. RIP Ganjah K. RIP Jean Rochefort. RIP Roger Knobelpiess. Vivent les clébards qui bloquent sur des capsules de bière forte.

On revient très bientôt avec des émissions parlées pour retourner fouiller les racines de cette musique qui nous tient debout. Force, courage et détermination pour l'année qui débute.

Pour DL la sélection : Ruins Of 2017






Tracklist :

01. Vîrus - Impressions de Promenade
02. Al'Tarba x Vîrus - La Nuit Se Lève
03. Roc Marciano - Burkina Faso
04. Milo - Call + Form (Picture)
05. Jay Worthy - Miss You feat. Conway
06. V Don x Willie The Kid - 24 Hrs feat. Roc Marciano
07. Hartigan - Amityville
08. Gucci Mane - Dance with the Devil
09. Shakewell - Way Back
10. Mozzy - Prayed for This
11. Mike Will Made It - On The Come Up (feat. Big Sean)
12. Young Dolph - 100 Shots
13. Tee Grizzley - First Day Out
14. Peewee Longway - Bacc To Doing Me
15. Jam Baxter x Ed Scissor - Gypsy Tart
16. Kindred Beats - Drunk In Love REMIX
17. Triplego - Elbi
18. Kekra - Uzi
19. Gunplay x Mozzy - D-Boy Fresh
20. Gunplay – Cocaine
21. 2 Chainz – Sleep When U Die
22. Young Thug x Future - No Cap
23. RetcH - I Need
24. V Don x Willie The Kid - Bleacher Report
25. Harry Fraud x Prodigy - Lifestyle of a Thug
26. Al Divino - Tanto
27. Al Divino - Benel Vinci Barrel
28. Mach Hommy x Knxwledge - Bon Apres-Midi
29. Un Amour Suprême - Partie 2
30. Sitou Koudadje x Kofi Annani - Sérieux Comme Une Crise Cardiaque
31. Roc Marciano – Gunsense
32. Chris Crack x Vic Spencer - Alex Isley
33. Tyler The Creator – Pothole
34. Sean Price - Lord Have Mercy feat. Rim P & Vic Spencer
35. 21 Savage - Famous
36. Kodak Black - Corrlinks And Jpay
37. Kodak Black - Why They Call You Kodak
38. Young Dolph - But I'm Bulletproof
39. Mozzy - Outside (feat. Lex Aura, Lil Durk & Dave East)
40. 03 Problems - Devil Want My Soul
41. Chief Keef - Keke Palmer
42. Le Sous Marin - MESSAGE #ASAP.2
43. Guizmo - L'Histoire d'Un Negro
44. Niro - Avant De partir
45. Vince Staples – 745
46. Tyler The Creator - Who Dat Boy (feat. A$AP Rocky)
47. Payroll Giovanni - Brainstormin
48. G Perico - Power
49. Mozzy x Gunplay - That Eazy
50. FrostyDaSnowMann - Oh My Gawd
51. Peewee Longway - Creep
52. Berner & Young Dolph - Die Young (Ft. Peewee Longway)
53. G Herbo - 4 Minutes of Hell, Pt. 5
54. G Herbo - Red Snow
55. MobSquad Nard - All Traps Closed
56. Lil B - Da Backstreetz
57. Stormzy - Bad Boys (feat. Ghetts and J Hus)
58. 67 x Monkey x Dimzy x LD – WAPS
59. Nadia Rose x 67 - Wat Up
60. J Hus - Plottin
61. J Hus – Bouff Daddy
62. Dizzee Rascal - Slow Your Roll
63. Dizzee Rascal - Wot U Gonna Do
64. Section Boyz - Army
65. Wiley - Can't Go Wrong
66. Lethal Bizzle - I Win (Ft. Skepta)
67. Kekra – 9 Milli
68. Stefflon Don - 16 Shots
69. Lil B - Young Niggaz
70. 2 Chainz - Saturday Night
71. Denzel Curry - Heartless
72. Denzel Curry - Zeltron 6 Billion Feat. Lil Ugly Mane
73. Meyhem Lauren x DJ Muggs - Aquatic Violence (feat. Mr. Muthafuckin Exquire & Sean Price)
74. Furax Barbarossa - Le Meilleur Des Hommes
75. Kaiman L'Animal - Spartacus (feat. Mod Efok)
76. Medine - Allumettes
77. Siboy - BQC
78. LK de l'Hotel Moscou - Power Suit
79. Ichon - Je Ne Suis qu'Un Homme
80. Isha - LVA
81. Jam Baxter x Ed Scissor - Excellent Donut
82. Corbin - Giving Up
83. Stormzy - Blinded By Your Grace, Pt. 2 (feat. MNEK)
84. Willie The Kid & S-Class Sonny - All That I Know
85. Hus Kingpin - Coke Casa
86. Roc Marciano - Pray 4 Me
87. Milo - Landscaping
88. 03 Greedo - Mafia Business
89. Trouble - Brick (Ft. Skippa Da Flippa)
90. Jefe (Shy Glyzzi) - Give It Up (Feat. 3 Glizzy)
91. Fianso - Bois D'Argent
92. Graindsable - Comme Prévu
93. Furax Barbarossa x Jeff Le Nerf - L'Encre De Nos Veines
94. Bonus Track : Mod Efok - En Guise d'Adieu (Kindred Remix)